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Le développement durable simplifié

La décroissance: tout à jeter?

Dans un article précédent, la notion de « décroissance » a été évoquée plusieurs fois dans les commentaires. Je me suis dit qu’il serait donc intéressant d’écrire un article à ce sujet.

On aura tous compris que la décroissance critique la notion de croissance, et celle de développement de manière générale. Y compris celle de développement durable.

Ce qu’il faut savoir, c’est que les tenants de la décroissance expriment les activités économiques en termes physiques et réfléchissent sur le lien entre la production de biens et services et la consommation d’énergie. Le fonctionnement de l’économie peut donc être approché par des lois thermodynamiques:

  • La première loi thermodynamique stipule que la masse reste constante: rien ne se perd, rien ne se crée.
  • La deuxième loi nous renvoie au concept de l’entropie. Tout travail consomme de l’énergie qui se dissipe dans un processus de production. De la basse entropie, mettant une énergie utile à notre disposition, nous passons forcément à la haute entropie rendant l’énergie inutilisable. Toute production implique une dissipation énergétique irréversible. Cette ligne du temps limite tout processus de production. A la longue, il ne peut y avoir de croissance illimitée.

Les représentant de la décroissance – dont le maître-penseur est Nicolas Georgescu-Roegen – prônent un monde fini, les représentant de la croissance un monde infini. Les uns font valoir l’épuisement des ressources naturelles, notamment de l’énergie. Les autres misent sur le génie humain capable d’innover, même si notre savoir actuel ne nous fournit aucune solution pour le moment. D’un côté l’horizon temporel se définit en centaines d’années, de l’autre en milliers.

Je pense que l’exigence de décroissance est excessive. Toutefois, j’aime cette critique de l’hégémonie économique dans les images sociales utilisées pour exprimer la réussite sociale. On peut réussir autrement qu’en ayant la plus grande maison, la plus grosse voiture, le plus de gadgets hi-tech, etc. Mais je crois qu’il s’agit davantage de la nécessité d’avoir un autre état d’esprit que de celle de renverser complètement notre modèle économique.

La thèse de la décroissance ne peut être retenue comme seule solution, car la croissance économique peut parfaitement contenir des activités qui changent son sens et son contenu. Je crois que c’est simplement à nous d’adopter des modes de vie et de consommation plus raisonnables!

 

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Classé dans:Principes

5 Responses

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Dev Perso, Julien Goy. Julien Goy said: : http://wp.me/pB67B-aG […]

  2. Merome dit :

    Il faut bien comprendre que la décroissance, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas une recherche forcé de croissance négative.
    Il n’est pas impossible d’avoir une croissance économique dans une société décroissante.

    Le mot décroissance est avant tout un slogan. Un pied de nez à l’ensemble de la classe politique qui ne mesure le bonheur des gens qu’à l’aune de la croissance économique et de ce qui est concrètement chiffrable en monnaie.

    Intéressez-vous aux propos de Paul Ariès et de Serge Latouche. Ce sont les deux plus talentueux orateurs sur le sujet.

  3. Julien dit :

    Merci Merome pour ce commentaire et ces références intéressantes!

  4. laurent dit :

    écroissance ou bien-être sans croissance ?

    Le mot décroissance* est actuellement un mot fourre-tout devenu un « chiffon rouge » pour beaucoup. Les a-priori, réactions épidermiques et raccourcis abondent : « Vous voulez qu’on retourne a la bougie » (luc ferry, cohn-bendit) postures souvent peu informées, sur un évènement qui de surcroit ne s’est pas encore produit !

    * Cette opinion s’est souvent forgée grâce a des reportages telé et des articles de vulgarisation (presse), mettant en avant toujours les mêmes clichés : celui de babas-cool ruraux et utopistes quittant la ville et vivant dans le dénuement.

    Ces réactions relèvent en fait plus de la Peur : celle de la perte de leurs acquis individuels, de l’inconnu, et de l’anomie (absence d’ordre, structure, règles qui assurent l’ordre social) d’ou la résistance au changement.

    C’est trop méconnu mais la France a produit les principaux théoriciens de l’écologie-politique, en premier lieu Jacques Ellul et André Gorz (mais aussi René Passet, Jacques Robin, Edgar Morin, Serge Moscovici, etc.). Ce n’est pas que les écologistes français en aient tiré profit en quoi que ce soit car ils les ont toujours ignorés superbement. Rares sont ceux qui sont allés un peu plus loin et lu Jean Zin, Serge Latouche, Nicholas Georgescu-Roegen.

    ce qu’il faut c’est surtout « décoloniser notre imaginaire » et ne plus penser en termes binaires : croissance/décroissance , il y aura des soubresauts , des hauts et bas comme tout système malade se sevrant de ses multiples dépendances, suivi par une période d’acroissance.

    Car il n’y aura pas une seule décroissance ; il y en aura de multiples : économique (actuelle), énergétique (demain), politique (a moyen terme) car nous assistons a l’effondrement/mutation de notre modèle de société en temps réel ! En sortant de l’idéologie de la croissance, un univers de possibles (économiques, sociaux, écologiques) s’ouvre a nous, les changements qui se dessinent, l’exemple des Villes en transition et des Cittaslow (villes lentes) sont riches de promesses. Soyons acteurs de la transition a venir replaçant ainsi l’homme au cœur de la société a reconstruire, en lieu et place de la productivité et sa croissance insoutenable !

    *(mot obus selon paul ariès « politologue/idéologue » du parti pour la décroissance.

  5. Julien dit :

    Merci pour ce commentaire tout à fait passionnant Laurent!
    J’ai essayé en quelques lignes – je m’efforce de toujours m’en tenir à quelques lignes! – de montrer que lorsque l’on parle de décroissance, il faut plutôt se mettre dans les nuances de gris que du côté du noir ou du blanc. J’aime beaucoup cette idée de multiples décroissances et celle de soubresauts.

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